LA UNE SUR SON TRENTE-ET-UN

Un marchand de journaux décalé fait vivre l’actualité dans son magasin 

Marc Guigui devant sa maison de la presse

Marc Guigui devant sa maison de la presse

et déguisé en... Florence Cassez, suite à sa libération

et déguisé en… Florence Cassez, suite à sa libération

En pleine crise de la presse, l’ambiance chez les marchands de journaux n’est pas à la fête. Mais dans le magasin de Marc Guigui à La Varenne Saint-Hilaire (94), une étrange bonne humeur persiste. Décontraction, humour et déguisements sont ses remèdes à la morosité, et les clients en redemandent

Diplômé en informatique et gestion, Marc Guigui était à des lieues de s’imaginer marchand de journaux à 53 ans. Il commence sa carrière comme ingénieur chez IBM pendant sept ans, devient ensuite chef d’entreprise dans la confection de vêtements techniques puis finalement vendeur de jets privés pour EADS. C’est en 2006 qu’il reprend les rênes de la maison de la presse de l’avenue du Bac, où il remplace son épouse, qui cesse de travailler pour raisons médicales. Marc Guigui  est bien décidé à s’amuser dans ce nouveau métier: chez lui le tutoiement est de rigueur, et chaque dimanche il illustre à sa façon l’actualité de la semaine, en se déguisant en fonction du thème qui a dominé la une des journaux.

D’où est venue cette idée de faire de l’actualité vivante ?

C’est venu un dimanche il y a 6 ans. C’était un jour de grand prix de formule 1 et j’ai donc endossé une combinaison de pilote et un casque que j’avais à la cave, un souvenir de mon entreprise de vêtements techniques. Aujourd’hui, je fais absolument tout et n’importe quoi ! La semaine dernière par exemple j’avais un costume de cochon, en référence au livre sur DSK mais aussi au salon de l’agriculture.

Dimanche 24 février 2013 : DSK et le Salon de l'Agriculture

Dimanche 24 février 2013 : DSK et le Salon de l’Agriculture

Quelles conséquences cela a-t-il sur votre commerce ?

C’est devenu un jeu pour moi, et pour les clients aussi, qui parient parfois sur mon déguisement à l’apéritif. Ce n’était pas du tout une stratégie mercantile au départ, même si cela fait rentrer des gens dans le magasin. Je reçois entre 500 et 1000 personnes par jour, et le dimanche cela peut même devenir impraticable. Mais j’adore cette saturation !

Quelle relation entretenez-vous avec les clients ?

Je suis toujours très direct, je vanne beaucoup, mais au moins ici les gens se sentent vivants, car quelqu’un les secoue et s’occupe d’eux. Je leur porte un intérêt sincère. En faisant ce métier, je me suis aperçu que j’aimais les gens : je chambre Pierre en prenant Paul à témoin, Paul et Pierre commence à discuter, et de cette façon je crée du lien. Mais ce n’est pas calculé ni malicieux. La parole circule et cela fonctionne ; on a créé une sorte d’égrégore un peu particulier qui fait que cet endroit n’est à nul autre pareil, et j’en suis très content. Certains viennent par curiosité parce que je suis un peu décapant et que je fais des choses que les autres ne font pas. Il est possible de faire ce métier de façon originale. L’idéal serait que ce soit en plus rémunérateur.

Ressentez-vous les effets de la crise de la presse ?

Je ne souffre pas autant de cette crise que certains collègues car suis situé dans une zone bourgeoise, et à une très belle adresse. Cela peut expliquer en partie des résultats légèrement meilleurs : un client dépense en moyenne  4 euros dans mon magasin, ce qui est élevé. Mais accessoirement, je suis aussi un bon vendeur ! Je suis une personnalité atypique : on aime ou on déteste, mais je pense que beaucoup de gens apprécient, car j’ai une vraie clientèle de fidèles.

Vacances estivales : l'occasion idéale de revêtir le maillot de bain de Borat

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Marchand de journaux, est-ce finalement le métier de vos rêves?

Il faut tout de même dire que ce métier est vicié à bien des égards. Dans la pratique, je reçois des piles de titres ayant un taux d’invendu de 100%, et qui finissent directement dans l’arrière-boutique. Même en ouvrant 365 jours par an, c’est un métier qui est financièrement compliqué et, souvent, le poids de la livraison est plus important que celui de la recette. Je gagnais beaucoup plus d’argent en concluant des ventes dans les aéroports ou sur les terrains de golfs quand je travaillais chez EADS. Mais je pense être devenu plus sympa depuis que je suis marchand de journaux. Etre un petit commerçant m’amuse finalement beaucoup plus que de vendre des jets privés.

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