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LA UNE SUR SON TRENTE-ET-UN

Un marchand de journaux décalé fait vivre l’actualité dans son magasin 

Marc Guigui devant sa maison de la presse

Marc Guigui devant sa maison de la presse

et déguisé en... Florence Cassez, suite à sa libération

et déguisé en… Florence Cassez, suite à sa libération

En pleine crise de la presse, l’ambiance chez les marchands de journaux n’est pas à la fête. Mais dans le magasin de Marc Guigui à La Varenne Saint-Hilaire (94), une étrange bonne humeur persiste. Décontraction, humour et déguisements sont ses remèdes à la morosité, et les clients en redemandent

Diplômé en informatique et gestion, Marc Guigui était à des lieues de s’imaginer marchand de journaux à 53 ans. Il commence sa carrière comme ingénieur chez IBM pendant sept ans, devient ensuite chef d’entreprise dans la confection de vêtements techniques puis finalement vendeur de jets privés pour EADS. C’est en 2006 qu’il reprend les rênes de la maison de la presse de l’avenue du Bac, où il remplace son épouse, qui cesse de travailler pour raisons médicales. Marc Guigui  est bien décidé à s’amuser dans ce nouveau métier: chez lui le tutoiement est de rigueur, et chaque dimanche il illustre à sa façon l’actualité de la semaine, en se déguisant en fonction du thème qui a dominé la une des journaux.

D’où est venue cette idée de faire de l’actualité vivante ?

C’est venu un dimanche il y a 6 ans. C’était un jour de grand prix de formule 1 et j’ai donc endossé une combinaison de pilote et un casque que j’avais à la cave, un souvenir de mon entreprise de vêtements techniques. Aujourd’hui, je fais absolument tout et n’importe quoi ! La semaine dernière par exemple j’avais un costume de cochon, en référence au livre sur DSK mais aussi au salon de l’agriculture.

Dimanche 24 février 2013 : DSK et le Salon de l'Agriculture

Dimanche 24 février 2013 : DSK et le Salon de l’Agriculture

Quelles conséquences cela a-t-il sur votre commerce ?

C’est devenu un jeu pour moi, et pour les clients aussi, qui parient parfois sur mon déguisement à l’apéritif. Ce n’était pas du tout une stratégie mercantile au départ, même si cela fait rentrer des gens dans le magasin. Je reçois entre 500 et 1000 personnes par jour, et le dimanche cela peut même devenir impraticable. Mais j’adore cette saturation !

Quelle relation entretenez-vous avec les clients ?

Je suis toujours très direct, je vanne beaucoup, mais au moins ici les gens se sentent vivants, car quelqu’un les secoue et s’occupe d’eux. Je leur porte un intérêt sincère. En faisant ce métier, je me suis aperçu que j’aimais les gens : je chambre Pierre en prenant Paul à témoin, Paul et Pierre commence à discuter, et de cette façon je crée du lien. Mais ce n’est pas calculé ni malicieux. La parole circule et cela fonctionne ; on a créé une sorte d’égrégore un peu particulier qui fait que cet endroit n’est à nul autre pareil, et j’en suis très content. Certains viennent par curiosité parce que je suis un peu décapant et que je fais des choses que les autres ne font pas. Il est possible de faire ce métier de façon originale. L’idéal serait que ce soit en plus rémunérateur.

Ressentez-vous les effets de la crise de la presse ?

Je ne souffre pas autant de cette crise que certains collègues car suis situé dans une zone bourgeoise, et à une très belle adresse. Cela peut expliquer en partie des résultats légèrement meilleurs : un client dépense en moyenne  4 euros dans mon magasin, ce qui est élevé. Mais accessoirement, je suis aussi un bon vendeur ! Je suis une personnalité atypique : on aime ou on déteste, mais je pense que beaucoup de gens apprécient, car j’ai une vraie clientèle de fidèles.

Vacances estivales : l'occasion idéale de revêtir le maillot de bain de Borat

Vacances estivales : l’occasion idéale de revêtir le maillot de bain de Borat

Marchand de journaux, est-ce finalement le métier de vos rêves?

Il faut tout de même dire que ce métier est vicié à bien des égards. Dans la pratique, je reçois des piles de titres ayant un taux d’invendu de 100%, et qui finissent directement dans l’arrière-boutique. Même en ouvrant 365 jours par an, c’est un métier qui est financièrement compliqué et, souvent, le poids de la livraison est plus important que celui de la recette. Je gagnais beaucoup plus d’argent en concluant des ventes dans les aéroports ou sur les terrains de golfs quand je travaillais chez EADS. Mais je pense être devenu plus sympa depuis que je suis marchand de journaux. Etre un petit commerçant m’amuse finalement beaucoup plus que de vendre des jets privés.

It’s alive!

Frankenstein now has an interactive monster to fear,  click to find out some horrific stuff!
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NUMÉRIQUE AU LYCÉE : LA RÉVOLUTION QUI SE FAIT ATTENDRE

A l’heure du tout numérique, l’école tarde aujourd’hui à passer le cap. Comment réussir la transition numérique au lycée ? Entre enthousiasme et prudence, les professionnels cherchent des solutions pour que cette révolution en soit vraiment une.

13 Décembre 2012 : Le Ministre de l’Education, Vincent Peillon, prononce son discours sur l’entrée de l’école dans l’ère du numérique. Il constate « [qu’] au-delà de nos frontières, ces trois dernières années ont connu une accélération de l’usage du numérique à l’École dans de nombreux pays. Pendant ce temps-là, en France, le numérique tarde à se développer dans les classes. »

« C’est la guerre pour avoir une salle informatique »

Alors que le Royaume-Uni a lancé dans les années 1990 une campagne pour équiper toutes ses classes de Tableaux Blancs Interactifs, la France affiche aujourd’hui une moyenne de 3,8 TBI pour 1000 élèves au lycée en 2012, soit environ un pour neuf classes. Le TBI, disposant d’un écran tactile et étant relié à un ordinateur, permet l’utilisation de logiciels pédagogiques en plus d’être un outil de présentation et de navigation sur internet. Il tend à se démocratiser lentement au lycée, non sans quelques problèmes. Au lycée Condorcet de Saint-Maur des Fossés (94), la moyenne est plus élevée, soit 13 Tableaux interactifs pour 800 élèves. Cependant, Laure, professeur de mathématique peine parfois à y avoir accès : « C’est difficile de prévoir ses cours en fonction des salles qui sont équipées ou pas. Aujourd’hui, j’avais prévu un cours sur TBI mais ma salle n’était pas équipée et j’ai du recopier tout un tableau de valeurs à la main. » Jeanne, professeur de physique-chimie, regrette elle aussi un manque d’équipement : « Il faudrait un accès au TBI dans toutes les classes, pour l’instant c’est la guerre pour avoir une salle informatique. Il est difficile d’y accéder ponctuellement. » S’ajoutent à cela des problèmes de maintenance qui peuvent parfois limiter les usages de l’informatique au lycée. Le plus souvent, un technicien est en charge de tout un établissement et doit gérer une centaine d’ordinateurs, quand une entreprise emploierait trois informaticiens pour la même tâche. Bastien Guerry, qui forme de futurs enseignants à l’informatique à Nanterre explique que « des matériels neufs mal entretenus peuvent vite devenir lents, voire inutilisables » C’est ce qu’à constaté Guillaume, professeur d’anglais à Villeneuve-Saint-George (94) : « Le matin, il me faut 15 minutes pour faire démarrer un ordinateur et ouvrir un document. »

Tableau Blanc Interactif  - CC picture by mhall426

Tableau Blanc Interactif – CC mhall426

Privilégier la formation à l’équipement

Mais tous s’accordent à dire que le défi majeur est aujourd’hui la formation des professeurs à ces outils. Pour Bastien Guerry, la formation des enseignants doit conditionner l’achat de matériel : « ce n’est pas l’état du marché qui doit dicter l’équipement, mais la capacité des professeurs à les utiliser. Il ne faut pas complexer les enseignants qui ne savent pas utiliser ces technologies et se lancer dans une course à l’équipement.» Shona Whyte, formatrice IUFM et chercheuse en technologies de l’apprentissage, résume : « il est plus facile d’acheter un ordinateur que de réfléchir à son utilisation. » Selon elle la formation des professeurs aux nouvelles technologies est encore trop superficielle : « Il faudrait un vrai projet de formation global. Pour l’instant ceux qui s’en sortent sont les enseignants très motivés et qui fonctionnent en cavalier seul, car les problèmes de maintenance les obligent à être autonomes. » Ceux qui s’en sortent sont donc généralement autodidactes, ayant appris à apprivoiser les machines et logiciels seuls, et capables de gérer les petits soucis techniques. Pour les autres comme Nadine, professeur d’espagnol, l’informatique peut s’avérer un vrai casse-tête : « Pour moi, à plus de 50 ans, c’est un peu de la magie tout ça. J’ai eu des stages mais je ne maîtrise pas encore tous ces outils, d’ailleurs cela fait bien rire mes élèves ! » Malgré un système de formation continue par le biais de stages à la demande des professeurs, le système n’a pas les moyens de former tout le monde. Souvent, la formation est remplacée par une entraide entre collègues plus ou moins aguerris. En formation initiale, les futurs professeurs passent aujourd’hui un certificat d’aptitude informatique (C2i2e), mais la formation des enseignants reste très axée sur les épreuves du concours, qui n’intègrent pas nécessairement les nouvelles technologies. « Nous sommes face à blocage du type de l’œuf et de la poule : les professeurs n’ont pas été formés à l’informatique donc il n’y a personne pour forme les élèves d’aujourd’hui. » explique Colin de la Higuera, directeur de la Société Informatique de France.

ITILT
Des outils au service de l’apprentissage

Pourtant, Les professeurs reconnaissent l’utilité de ces nouveaux outils pour leurs matières. En langues plus particulièrement, les nouvelles technologies permettent aux élèves de s’enregistrer en mp3 et de se réécouter, un processus qui permet de s’auto-corriger. L’accès à internet en classe donne un accès illimité à des documents authentiques étrangers. En sciences, des logiciels d’expérimentation virtuelle peuvent montrer aux lycéens les résultats d’expériences irréalisables en classe. En mathématiques, des logiciels permettent de manipuler des figures ou encore de comprendre le fonctionnement des algorithmes.
Pour d’autres matières comme l’histoire ou le français, certains estiment cependant que l’informatique est un gadget superflu. Pour Eric, professeur d’Economie-Gestion, l’informatique doit rester un outil au service de son cours, « il ne faut pas que la technologie prenne le pas sur la matière elle-même. » André Tricot, psychologue cognitif, note le manque de résultats clairs de la recherche sur l’efficacité des nouvelles technologies, mais insiste sur leur potentiel interactif : « L’informatique peut être un outil d’échange, de confrontation, de mutualisation et de controverse au sein de la classe.» Un progrès pour certains donc, mais qui ne fait pas encore l’unanimité.

Savoir décrypter la société numérique

Pour Colin de la Higuera, « L’immatériel pèse de plus en plus lourd dans notre société, il est donc essentiel d’initier les jeunes à l’informatique pour qu’ils comprennent les concepts qui régissent le monde numérique,» estime cet informaticien. Car au-delà de l’informatique comme outil à l’apprentissage d’autres matières, le débat porte aujourd’hui sur l’enseignement de l’informatique en tant que tel. Pour en faire une matière à part entière, la question des heures pose évidemment problème, car si l’on alloue du temps à l’informatique il faut soustraire ces heures à d’autres matière, procédure pour le moins délicate, et politique. Gilles Dowek, chercheur en informatique à l’Inria, a participé au comité de définition de la spécialité « Informatique et Sciences du Numérique », lancée à la rentrée 2012 en Terminale S. Cet enseignement concerne aujourd’hui 10 000 lycéens et devrait selon Gilles Dowek être étendu aux autres filières : « l’idéal serait à terme un enseignement en informatique pour tous, enseigné par des professionnels ayant du recul, » c’est-à-dire des informaticiens et non des professeurs d’autres matières formés à cette science. Et bien sûr, pour assurer une formation cohérente des lycéens, le primaire et le collège devront aussi assurer en amont une introduction aux sciences du numérique. Bien plus que la maîtrise des matériels, l’enjeu majeur est donc aujourd’hui de comprendre les concepts comme le langage informatique, l’information, la machine ou encore la notion d’algorithme. De ce point de vue, les lycées français en sont au même point que bon nombre de pays d’Europe, qui se posent en ce moment les mêmes questions. Qui sait, prendre le temps de la réflexion pourrait bien s’avérer la clé de cette révolution numérique.

Israël : S’installer dans une colonie, une bonne affaire ?

L’occupation des territoires palestiniens est aujourd’hui une volonté affichée du gouvernement israélien. Mais au-delà des stratégies politiques, pourquoi les Israéliens vont-ils s’installer en Cisjordanie, au cœur d’un territoire palestinien qui leur est hostile ? S’il s’agit pour certains d’un acte religieux visant à se réapproprier des terres qu’ils estiment juives, la majorité des colons a en fait des motivations économiques.

Alors qu’ils étaient 150 000 Israéliens à vivre en Cisjordanie en 1996, on estime aujourd’hui leur nombre à près de 500 000. Une tendance qui ne faiblit pas puisque que l’actuel le cabinet ministériel a déclaré en novembre avoir doublé le budget alloué aux colonies dans le but d’« encourager une migration positive vers ces communautés ». La plupart d’entre elles sont considérées par le gouvernement comme « zones nationales prioritaires », ce qui permet à leurs habitants de profiter d’aides au logement et à l’éducation.

La colonie d’Ariel, située au nord ouest de la Cisjordanie, abrite ainsi une université reconnue et subventionnée par l’Etat. Les loyers y sont plus attractifs que ceux des grandes villes, faisant d’Ariel une sorte de « colonie dortoir » : chaque jour, 65% de ses habitants vont travailler à Jérusalem ou Tel Aviv. Avec 20 000 habitants, Ariel est une des grandes colonies, tout comme Ma’ale Adumim et ses 40 000 colons. Celles-ci attirent grâce à leurs équipements modernes : cliniques, centres commerciaux, aires de jeux, salles de sport et de spectacle, piscines ou encore restaurants.

A ces incitations qui portent sur la vie quotidienne s’ajoutent des avantages pour les investisseurs. Les routes reliant les colonies à Israël facilitent la circulation des biens et donc les échanges commerciaux. Des aides sont accordées aux entreprises agricoles et industrielles qui s’installent en Cisjordanie, à hauteur de 24% de leurs investissements. Une mesure à laquelle s’ajoute un rabais de 69% sur la location des terrains destinés à l’industrie, au tourisme ou au commerce.

Les avantages personnels et professionnels à s’installer dans une colonie sont donc nombreux. Une occupation du territoire palestinien qui ne se fait pas sans tensions : les bus scolaires y sont systématiquement blindés, et la plupart des colons israéliens munissent leurs voitures de fenêtres en plexiglas pour parer aux jets de pierres. Car si elles présentent des avantages économiques, ces colonies restent un frein à la paix, la fragmentation du territoire palestinien faisant obstacle à la création d’un état.

Revue de Presse : Haiti trois ans après le séisme

Le 12 janvier dernier marquait le troisième anniversaire du séisme tragique en Haïti, qui coûta la vie à 250 000 personnes en l’espace de 35 secondes. La réaction humanitaire à cette catastrophe naturelle fut sans précédent, et on estime les donations destinées à Haïti à environ neuf milliards de dollars. Mais où en sont aujourd’hui les efforts de reconstruction ? Tout comme en 2012, un titre semble faire l’unanimité dans la presse internationale : « Où est passé l’argent ? », « Where has the money gone ? », « Donde fué el dinero ? »… etc. Des sommes considérables qui ont servi un effort d’urgence nécessaire, mais peinent à remettre le pays sur pied.

Trois ans plus tard, le président Michel Martelly s’est voulu optimiste dans son discours d’hommage, déclarant :  J’entends encore cet immense cri de douleur des familles amputées, mais essuyez vos larmes ! Malgré toutes les souffrances, Haïti se relève.”  Derrière ce discours d’espoir, le bilan de la reconstruction reste pourtant mitigé. Pour symbole, le discours en question a pour décor un Palais présidentiel toujours en ruine. Dans le quotidien haïtien Le Matin, Lionel Edouard  parle d’une « reconstruction introuvable » et « anarchique ». Il explique : « Les principaux ministères sont logés dans des maisons louées à des particuliers en attendant l’érection des bâtiments publics qui tardent encore à être reconstruits. De nombreuses premières pierres ont cependant été posées  comme pour le Parlement et le Ministère de l’Intérieur. Mais les travaux n’ont pas encore démarré. » Le plus ancien quotidien du pays, Le Nouvelliste, est devenu plus critique du pouvoir depuis la catastrophe, et pointe lui aussi vers un symbole lourd de sens : «Le monument à la mémoire des disparus, promis il y a un an par le président (…) est encore dans les limbes. Sur le site où il devait être érigé, à Titanyen, il n’y a que la grosse pierre. (…), posée sur une estrade, presque au centre d’une fosse commune. »

Au centre des polémiques donc, l’incapacité du gouvernement haïtien. Pour le quotidien britannique The Guardian « A Haiti, les institutions étaient déjà fragiles avant le séisme, et ont été encore affaiblies par ce désastre (…) Le fait que le gouvernement n’ai pas encore élaboré de plan national de reconstruction en dit long sur ces faiblesses. » Dans ces mêmes colonnes, le Père Fawas, qui a participé aux secours d’urgence dénonce les propriétaires terriens qui ralentissent la reconstruction : «  Il est difficile de reloger les gens car la plupart des terres qui entourent Port-au-Prince appartiennent à des familles très puissantes qui ne veulent pas les céder au gouvernement pour la reconstruction. »

Mais à l’origine de cette incapacité se trouve également le manque de fonds. L’aide internationale, destinée à remettre le pays sur pied, a été largement allouée à des organisations internationales, laissant le pays comme sous perfusion. Dans le magazine américain The Nation, Linda Polman et Kathie klarreich Soulignent le contraste saisissant entre les bâtiments officiels encore en ruine et le complexe rutilant de la base logistique des Nations Unies, d’où a été géré la reconstruction. Elles ajoutent : « Quand en juillet 2010 un comité de direction a été élu pour coordonner les ONG depuis cette base logistique, soixante organisations internationales ont voté, mais comme aucune ONG locale n’était présente, les Haïtiens ne furent pas représentés. »

L’attribution du chantier du Palais Présidentiel à une société étrangère, l’américaine J/P Haitian Relief Organization fondée par l’acteur Sean Penn, n’a pas manqué de faire grincer des dents. Le rédacteur en chef du Matin, Daley Valet est ainsi cité dans le Miami Herald : « Le fait que Sean Penn détruise le Palais national reflète vraiment la perte de souveraineté d’Haïti. Les Haïtiens ont perdu le contrôle de leur destin. Si la communauté internationale et leurs ONG ont réussi une chose, c’est à empêcher Haïti de devenir un vrai pays avec un Etat respectable. » L’utilisation des fonds par les organisations étrangères peut elle aussi susciter le débat : The Nation cite l’exemple de l’hôtel 3 étoiles Royal Oasis, financé en partie et à hauteur de 9,5 millions de dollars par des fonds destinés à la reconstruction d’Haïti.  Dans le Guardian, le journaliste Jan Birell déplore également cette attitude impérialiste : « les Haïtiens auraient pu recevoir plus de deux fois leur revenu annuel en aide financière. Ils auraient sûrement dépensé cet argent à meilleur profit que les étrangers, qui ont malheureusement accompli si peu de choses »

Trois ans après le séisme, plus de 360 000 Haïtiens vivent encore dans des abris de fortune. Geneviève Jacques de la Fondation internationale des Droits de l’homme déplore dans Le Monde que « très peu de solutions durables [aient] été apportées. J’ai vu très peu de véritables maisons. La précarité des immeubles est plus grande aujourd’hui qu’avant le séisme, ce sont des logements retapés parpaing par parpaing sur des bouts de terrasses effondrées. »  Le quotidien La Croix s’intéresse lui à l’épidémie de choléra qui a touché 685 000 personnes, dont 7 500 sont mortes depuis 2010. On peut y lire que la maladie est sous contrôle, mais Médecins Sans frontières y explique que « [Le choléra] évolue de manière saisonnière en Haïti. Il y a des actions du ministère de la Santé publique, mais elles sont insuffisantes » Il faudrait 10 ans pour l’éradiquer.

Mais tout n’est pas si noir pour Haïti, d’importantes avancées ont été réalisées en trois ans. Le Nouvelliste insiste sur les progrès en termes de prévention. « En 2012, quatre exercices de simulation aux cyclones ont été réalisés au niveau national, dix au niveau départemental, ainsi qu’un au tsunami (..) De plus 4 500 personnes vivant dans des zones vulnérables ont été formées à la préparation aux catastrophes, à l’évacuation et aux premiers soins. »  77% des enfants de moins de 11 ans sont aujourd’hui scolarisés contre 50% en 2005-2006, et la malnutrition a reculé.

Des initiatives économiques locales ont également vu le jour, comme le note Amos Cincis, toujours pour Le Nouvelliste, « offrant aux communautés locales de belles opportunités de démarrer leurs propres projets et de créer des micro-entreprises. » Malgré ces perspectives encourageantes, les petits exploitants souffrent souvent d’un manque d’expérience et de ressources financières. Car si le rebond économique est bien réel, avec une croissance de 5,6% du PIB en 2011 après des années de stagnation, celui-ci profite encore une fois aux entreprises internationales. Douglas Clayton PDG de Leopard Capital Group, invite d’ailleurs dans le Caribean Property investor à profiter de cette aubaine de la catastrophe. « « Redresser » Haïti est devenu une préoccupation majeure de la politique étrangère des pays riches qui ont les moyens de faire la différence. Et les donateurs  souverains semblent aujourd’hui s’être mis d’accord pour reconnaître que le redressement du secteur privé haïtien est fondamental pour celui  du pays. (…) Haïti est une terre qui regorge d’opportunités. Faites-en l’expérience  – et n’oubliez pas votre chéquier! »  En tête de ces opportunités économiques, des ressources dans le sous-sol. Le site contestataire haïtien Ayiti Kale Dje s’inquiétait déjà en 2012 de voir l’or, l’argent et le cuivre profiter « principalement aux actionnaires étrangers tout en défigurant un paysage déjà dénudé et fragile. » Et de conclure « Haïti a peut-être quelque chose à gagner, mais elle a également beaucoup à perdre. »

WIKILEAKS : WAR OF THE WORDS

The controversy over Wikileaks has been raging for a few years now, and has reached a scale that not only involves its own publications but prompts a debate on how information should be regulated on the internet. Between freedom of the press and lawless transparency, Wikileaks crystallizes the paradox of the information age. Or is it just a fool’s game?

Julian Assange (photo Flickr Creative Commons)

Julian Assange (photo Flickr Creative Commons)

There is no denying that drama has become a great part of the Wikileaks’ communication, especially through its notorious leader Julian Assange. Hiding in the Ecuadorian Embassy in London after his extradition to Sweden was decided by the court, the Australian activist has made great effort to stage his persecution by the Swedish and U.S. government. Speaking from his balcony on 21 December he ensured a much reduced crowd that he had “over one million documents being prepared to be released, documents that affect every country in the world.” Acting like a political refugee, Julian Assange may have forgotten that he is wanted on sexual assault charges that have nothing to do with Wikileaks. Indeed, the United States have not filed any case against him yet, and the menace of an extradition remains but an allegation for now. The U.S. government surely is raging mad after Wikileaks revealed secret cables from the War in Afghanistan. However, sentencing Julian Assange to death hardly seems a solution to their problem. The personality of the Wikileaks leader, contrary to what he might think, is negligible compared to the issues his organization has raised.

Reactions from the front

The 2010 publication of the Afghan War Diaries on Wikileaks, remains one of its most criticized actions. The report revealed the killings of Afghan civilians as well as US concerns that Pakistan was helping the Taliban. The leak was immediately condemned by the American Government, Secretary of State Hillary Clinton declaring: “It puts people’s lives in danger, threatens our national security, and undermines our efforts to work with other countries to solve shared problems.” Revealing the names of people that helped the coalition in Afghanistan also raised strong criticism from Human Rights Groups which had previously been supportive of Wikileaks : . “It would not be hard for the Taliban and other armed groups to use these documents to draw up a list of people for targeting in deadly revenge attacks,” Reporters Without Borders wrote, in an open letter to Julian Assange. On the other hand, some have praised Wikileaks defense of information rights, such as one member of the Finnish Parliament, Annika Lapintie (Left Alliance), who proposed a Nobel Prize for WikiLeaks. At the heart of their dispute, the extent to which the right of information should go. On this topic, the German Interior Minister Thomas de Maizière made an insightful comment. He was not so scared by the leaks themselves that he described as irritating but really not a threat to Germany. However, he defended a government’s right to hold secret information by insisting “Governments also have to be able to communicate confidentially. Confidentiality and transparency are not mutually exclusive, but rather two sides of the same coin.”

The internet bomb impact

wikileaks logo

wikileaks logo

With Wikileaks, hacking and the instantly-available character of information, the internet has clearly had an enormous impact on the information circulation. The leaking of some information has revealed government misconduct and enabled citizens against the arbitrary power that governments can sometimes grant themselves. Meanwhile, one also has to ask what the long-term consequences will be: Are governments going to tighten their freedom of speech policy, or restrain the press as a result? The effect of Wikileaks would then be the opposite of what this laudable cause initially intended. In effect, it could become harder to protect people who disclose classified information. While they have an important role to play as a counter-power, it should be made clear what kind of information release is considered useful for the community and does not bring chaos on the ground. Nevertheless, it seems hardly possible for governments, may they be the most powerful, to counter hackers all over the world and completely lock the internet. Once the machine has started, there is no sailing backwards.

Is transparency irresponsible?

If the internet has made it possible for anyone to publish virtually anything without taking responsibility for it, the question of regulation must be asked all the same. For instance, heinous racist tweets have been widely criticized as illegal in France, but no law can be enforced on Twitter. Moreover, the problems of libel and verification of the information seem all the more important on the internet and have become a great responsibility for journalists today. However, the internet has been a great way to fight censorship around the world, through organizations like We Fight Censorship, that help journalists protect themselves and their work in countries where the freedom of speech is not an accepted right. Receiving and publishing classified information, like Wikileaks did, is something that has always been part of journalism. It is taking a whole new dimension with the internet though. The advent of data journalism is also opening endless possibilities and giving citizens access to information that had remained the domain of experts so far. While endless possibilities are opening out in front of us, the utopia of transparency remains exhilarating. However, an anarchic dystopia is looming and no one has found a way to counteract it yet. It will probably be decades before we can fully measure the impact of the information age, but the headache of regulation has already started.